Le pianiste suisse, Simon Bürki, propose un programme qui met en regard deux figures majeures du romantisme, Robert Schumann (1810-1856) et Frédéric Chopin (1810-1849), deux compositeurs nés la même année mais dont les univers artistiques, malgré leur proximité historique et leur admiration réciproque, empruntent des chemins sensiblement différents. Chez Schumann, la musique semble constamment traversée par la littérature, l’imaginaire, la dualité psychologique et les brusques changements d’humeur, tandis que Chopin concentre son génie sur le piano, la poésie du son, la souplesse du discours et une architecture formelle d’une souveraine précision. Le choix des « Kreisleriana » op. 16 de Schumann, cycle en huit mouvements composé en 1838 et dédié à Frédéric Chopin, constitue une véritable plongée dans un monde instable, fantastique et fiévreux, où les contrastes entre agitation et intimité, précipitation et suspension, lyrisme et violence donnent au pianiste un territoire d’une extraordinaire richesse expressive. La « Ballade n°1 en sol mineur » op. 23, la « Ballade n°2 en fa majeur » op. 38, la « Ballade n°3 en la bémol majeur » op. 47 et la « Ballade n°4 en fa mineur » op. 52 composent un parcours allant de l’élan dramatique à la méditation, de la grâce à l’architecture polyphonique. La réunion des deux cycles fait apparaître une parenté, celle d’une musique qui transforme le piano en espace narratif et psychologique, capable de suggérer des personnages, des paysages imaginaires, des souvenirs ou des élans contradictoires sans jamais recourir à la parole. Né en 2000 à Saint-Gall, en Suisse, Simon Bürki commence le piano à cinq ans à Kiev auprès de Rada Zagorskaya, tout en poursuivant sa scolarité en Suisse, puis bénéficie notamment des masterclasses de Boris Fedorov. En 2011, à seulement onze ans, il remporte trois prix au Concours international Horowitz pour jeunes pianistes et, l’année suivante, est invité à jouer le « Concerto pour piano et orchestre n° 20 en ré mineur » K. 466 de Mozart avec l’Orchestre de chambre de Zurich à la Tonhalle. En 2013, à treize ans, il remporte le Concours de musique pour jeunes pianistes de Kiev, avant de poursuivre sa formation à Moscou, notamment au Conservatoire d’État Tchaïkovski, puis à New York à la Juilliard School auprès de Sergei Babayan. Son parcours de concours comprend notamment le Concours international Franz Liszt pour jeunes pianistes de Weimar et le concours A Step Towards Mastery de Saint-Pétersbourg. Voilà de quoi asseoir une réputation pour un pianiste en devenir, que l’on suivra avec attention et intérêt.
Jean-Jacques Millo |