Le Violoncelliste Basile Ausländer et le pianiste Jansen Ryser signent un premier album mettant en regard trois écritures majeures du XXe siècle et trois manières d’interroger le dialogue entre le violoncelle et le piano. George Enescu (1881-1955), Arthur Honegger (1892-1955) et Francis Poulenc (1899-1963), tous trois liés à la formation musicale parisienne, mais profondément différents dans leur rapport au langage, au rythme et à la couleur, sont les figures invoquées ici pour cette découverte musicale. En ouverture, la « Sonate pour violoncelle et piano n° 2 en do majeur », op. 26 n° 2 du compositeur roumain impose d’emblée un univers d’une grande richesse. Elle se décline en quatre mouvements. Puis la courte transcription de « Languir me fais », extraite des « Sept Chansons de Clément Marot », op. 15, ouvre la voie à l’architecture plus incisive de la « Sonate pour violoncelle et piano » H. 32 d’Arthur Honegger. Trois mouvements où la pulsation, les tensions harmoniques et les contrastes prennent une place déterminante. Avec Francis Poulenc le paysage change radicalement. Sa « Sonate pour violoncelle et piano » FP 143, en quatre mouvements, fait cohabiter le tendre et le mordant, le sérieux et l’ironie, l’élégance française et une forme de brutalité moderne. Ainsi, le programme gagne en évidence. Enescu représente une humanité organique nourrie par la mémoire et la tradition, Honegger une observation lucide d’un monde moderne traversé par les tensions, Poulenc une liberté expressive fondée sur le contraste et la rupture. Né à Lausanne en 1996, Basile Ausländer commence le violoncelle à cinq ans au Conservatoire de sa ville natale auprès de Denis Guy et entreprend dès l’année suivante l’apprentissage du clavecin, notamment avec Christine Sartoretti puis Claire-Anne Piguet. Très tôt engagé dans la musique de chambre et l’orchestre, il obtient plusieurs premiers prix avec distinction au Concours suisse de musique pour la jeunesse, se produit comme soliste dès l’adolescence et travaille à partir de 2011 avec François Salque, avant d’obtenir en 2015 son Bachelor avec la plus haute distinction puis, en 2017, un Master Soliste avec la mention maximale, assorti du Prix Max D. Jost récompensant le meilleur récital avec orchestre. Son parcours l’a ensuite conduit auprès de Marko Ylönen à l’Académie Sibelius d’Helsinki et dans des formations telles que l’Orchestre de chambre de Lausanne, MusicAeterna ou la Camerata de Lausanne, avec des collaborations auprès de personnalités comme Christian Zacharias, Gábor Takács-Nagy, Theodor Currentzis et Pierre Amoyal. Jansen Ryser, né à Lausanne en 1994, commence quant à lui le piano à l’âge de cinq ans et construit une formation particulièrement internationale. Diplômé de la Haute École de musique de Genève, il poursuit ses études à la Juilliard School de New York dans la classe de Matti Raekallio grâce notamment au soutien de la Fondation Leenaards, et bénéficie également de l’enseignement de Sylviane Deferne et d’Adrian Kreda. Lauréat du prix Filipinetti 2017 du meilleur Master Soliste et du Kiefer Hablitzel Göhner Music Prize, il se perfectionne auprès de maîtres tels que Paul Badura-Skoda, Ferenc Rados, Eberhard Feltz, Andreas Staier et Nelson Goerner. Voici donc deux musiciens qui donnent à ce programme une véritable valeur de découverte autant qu’une belle évidence artistique.
Jean-Jacques Millo |