Opus Haute Définition e-magazine

Gran Pasion Tango

Œuvres pour Violoncelle et Orchestre

Friedrich Kleinhapl (violoncelle). Bohuslav Martinu Philharmonie. Robert Kruzik (direction)

ARS Produktion 38 364, UVM Distribution

Super Audio CD hybride stéréo/multicanal

La volonté de dépasser la simple beauté instrumentale, pour faire du violoncelle un instrument de narration, constitue la clef de « Gran Pasión Tango ». Friedrich Kleinhapl explique que son aventure tanguera est née de la découverte du « Grand Tango » d’Astor Piazzolla, l’unique œuvre originale du compositeur pour violoncelle et piano. Lors d’un séjour à Caracas, avec l’Orchestre Simón Bolívar, sa rencontre avec le compositeur Federico Ruiz déboucha notamment sur un arrangement de « Adiós Nonino », et cette première expérience l’incita à approfondir un univers où il pouvait confronter le tempérament sud-américain à la profondeur européenne et à son idéal sonore classique. De cette démarche était né en 2014 « Pasión Tango », programme pour violoncelle et piano réalisé avec le pianiste Andreas Woyke et « Gran Pasión Tango » en constitue le prolongement naturel, mais avec un changement d’échelle, puisque le piano cède la place à la Bohuslav Martinů Philharmonie, placée sous la direction de Robert Kružík, afin de donner au tango une ampleur orchestrale et d’en examiner plus loin encore les possibilités de couleurs, de tension et d’émotion. Le programme réunit ici quatorze pièces, de « La Cumparsita » de Gerardo Hernán Matos Rodríguez (1897-1948) à « El Choclo » d’Ángel Villoldo (1861-1919), en passant par « Assassination Tango – Building the Bullet » de Luis Enríquez Bacalov (1933-2017), puis une série particulièrement fournie d’œuvres d’Astor Piazzolla (1921-1992), comme « Milonga en Re », « El Desbande », « Melodía en La Menor », « Café 1930 », « Michelangelo 70 », « Los Pájaros Perdidos », « Nightclub 1960 », « La Muerte del Ángel », « Libertango », « Vuelvo al Sur » et « El Tango de los Assassinos », de John Powell (né en 1963). Le violoncelle de Friedrich Leinhapl possède ici une présence presque vocale, capable de passer du murmure mélancolique à l’éruption virtuose, avec un grave dense et une projection particulièrement affirmée. Le musicien aborde ces pages avec les réflexes d’un interprète de musique savante, en travaillant les grandes lignes mélodiques, les contrastes dynamiques et les architectures de chaque pièce. Le résultat est donc moins une « version classique » du tango qu’un dialogue entre deux traditions.

Jean-Jacques Millo

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