Né à Oslo le 25 avril 1952, Ketil Bjornstad est d’abord un enfant prodige du piano. Formé auprès d’Amalie Christie et de Robert Riefling, puis perfectionné à Londres et à Paris, il fait en 1969, à seulement seize ans, ses débuts avec l’Orchestre philharmonique d’Oslo dans le Troisième Concerto pour piano de Béla Bartók. Puis il se tourne vers le jazz et les musiques progressives, sous l’influence notamment de Miles Davis, de Thelonious Monk et de la scène norvégienne qui l’entoure dans les années 1970. Pianiste, compositeur, improvisateur, mais aussi poète, romancier et essayiste, Ketil Bjornstad a toujours cultivé cette double identité, la musique et l’écriture se nourrissant chez lui d’une même attention au temps, au silence et à la mémoire. Ses collaborations avec Terje Rypdal, Jon Christensen, David Darling, Svante Henryson ou encore Randi Stene ont contribué à construire une œuvre reconnaissable entre toutes, souvent méditative, mélodique et profondément attachée à la qualité du timbre. « The Gateway » s’inscrit dans cette esthétique, mais lui donne une inflexion particulièrement intime en réunissant le compositeur au piano et la jeune violoncelliste norvégienne Sandra Lied Haga. Le programme de l’album propose douze pièces (Afterthoughts, Behind the Masks, Dreamwalking, Envoy, No Answer, Premonition, Remembering, Sincere, Solution, The Paths of the Night, The Way You Spoke et Til Sandra) qui évoquent une succession d’états d’âme, de souvenirs et de visions nocturnes. La musique repose sur des mélodies immédiatement perceptibles, des harmonies ouvertes, des silences qui ont presque autant de poids que les notes, une souplesse rythmique qui laisse constamment affleurer l’improvisation, une porte ouverte sur une musique de l’entre-deux, entre jeunesse et expérience, entre le mot et le son, et surtout entre deux sensibilités qui trouvent dans le dialogue la possibilité d’un langage commun. A découvrir.
Jean-Jacques Millo |