Né à Paris en 1973, Philippe Mouratoglou commence la guitare classique à l’âge de douze ans après avoir été très tôt attiré par la musique et notamment par le rock. Son parcours passe par des études scientifiques et commerciales avant un retour décisif à la musique, puis par le Conservatoire de Strasbourg où il travaille avec Wim Hoogewerf, Roland Dyens et Pablo Márquez, dont il deviendra l’assistant. Cette formation classique de haut niveau aurait pu le conduire vers une carrière d’interprète traditionnel, mais Philippe Mouratoglou développe, au contraire, une curiosité qui l’amène à pratiquer la guitare classique, les guitares à cordes acier, six, douze cordes et baritone, à travailler comme soliste, improvisateur et compositeur et à collaborer aussi bien avec des personnalités du monde classique qu’avec des musiciens issus du jazz et de l’improvisation. « Arcane 17 », son nouvel album apparaît d’emblée comme une œuvre-somme, à la fois manifeste artistique, carnet de voyage et déclaration d’amour à la guitare. En vingt-quatre plages le guitariste dessine une trajectoire qui va de Manuel de Falla (1876–1946) à ses propres rêveries improvisées (« No te asomes », « Escribí en el arenal », «Llegó con tres heridas », «Tombeau de Blind Willie Johnson », « Jisei », « Poème suspendu », « L’étoile » ), en passant par Leo Brouwer (né en 1939) Heitor Villa-Lobos (1887–1959), Frank Martin (1890–1974), Tōru Takemitsu (1930–1996) et Arthur Kampela (né en 1960), comme si tout le XXe siècle guitaristique et ses prolongements contemporains pouvaient se rejoindre dans un même espace de liberté. Le programme cherche une forme de continuité poétique. Il devient cohérent parce que le guitariste impose une signature sonore faite de souplesse, de précision, de respiration et d’attention aux résonances. Cette conception correspond parfaitement à son parcours, qui refuse de choisir entre musique savante et musique populaire, entre écriture et improvisation, entre guitare classique et instruments à cordes métalliques, revendiquant plutôt une liberté musicale qui lui permet de passer du blues de Robert Johnson à la Renaissance, du flamenco à la musique contemporaine, voire du rock à la tradition classique. Bref, un album qui affirme, une nouvelle fois, la singularité d’un guitariste qui fait de la curiosité une véritable méthode de création.
Jean-Jacques Millo |