Riccardo Frizza s’est imposé au fil des deux dernières décennies comme l’un des chefs d’orchestre italiens les plus accomplis de sa génération. Né à Brescia en 1971, formé au Conservatoire Giuseppe Verdi de Milan, il s’est d’abord illustré dans le grand répertoire lyrique italien (la meilleure école selon Herbert von Karajan) avant d’élargir progressivement son activité au domaine symphonique. Avec « Italian Perspectives » il signe un manifeste artistique en faveur d’un patrimoine orchestral italien longtemps éclipsé par le prestige de l’opéra. Le programme réunit la « Symphonie N°1 en ré mineur » op. 75 de Giuseppe Martucci (1856-1909), « Trittico Botticelliano » d’Ottorino Respighi (1879-1936) et « cinq Études-tableaux » de Sergei Rachmaninov (1873-1943) orchestrées par Respighi. Le tout dessinant un parcours mettant en lumière la renaissance de la musique instrumentale italienne entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle. Dès les premières mesures des « Études-tableaux », Frizza révèle une direction d’une remarquable précision, où la richesse des couleurs orchestrales ne se fait jamais au détriment de la lisibilité des lignes. Les timbres du Bamberger Symphoniker se déploient avec naturel, tandis que les climats contrastés imaginés par Respighi bénéficient d’une narration musicale constamment vivante. Et ce sera ainsi jusqu’au terme de cet enregistrement remarquable. La prise de son, ample, détaillée et d’un bel équilibre, restitue avec un réalisme saisissant les textures orchestrales sans jamais sacrifier la cohésion d’ensemble. « Italian Perspectives » constitue Ainsi une brillante réhabilitation d’un pan essentiel de la tradition symphonique italienne et confirme Riccardo Frizza comme l’un de ses plus éloquents ambassadeurs, capable de conjuguer rigueur musicologique, imagination sonore et véritable souffle poétique.
Jean-Jacques Millo |