Le premier volume des œuvres pour piano de Louis Vierne (1870-1937) constitue une véritable redécouverte d’un pan méconnu de la production du grand organiste de Notre-Dame de Paris. Si son nom demeure indissociable de ses symphonies pour orgue et de son immense héritage liturgique, ses compositions pour piano révèlent un univers où l’héritage franckiste se mêle aux raffinements harmoniques de l’impressionnisme naissant. Ce programme réunit notamment « Suite bourguignonne » op. 17, « Deux Pièces » op. 7, « Silhouettes d’enfants » op. 43, « Airs de danse », « Air à danser » ainsi que les « Trois Nocturnes » op. 34, offrant un panorama particulièrement représentatif de la première manière du compositeur. Le pianiste autrichien, Michael Schöch, est une personnalité singulière du paysage musical européen, également reconnu comme organiste, dont la double maîtrise des deux instruments lui permet de saisir les filiations stylistiques qui unissent l’écriture pianistique et l’esthétique organistique de Vierne. Formé en Autriche et salué pour son éclectisme, Il s’est imposé au fil des années par des programmes originaux mettant en lumière des répertoires injustement négligés. Son approche privilégie constamment la couleur, la respiration et la transparence des textures. L’enregistrement réalisé sur le Steinway Concert D « Manfred Bürki » de 1901, instrument contemporain de la composition de plusieurs de ces pages, apporte une authenticité sonore particulièrement séduisante, tandis que la prise de son conjugue chaleur, précision et ampleur de l’espace acoustique. Ce premier volume s’impose ainsi, tant pour la qualité de l’interprétation que pour l’intérêt musicologique du projet, révélant un Louis Vierne pianiste, d’une imagination poétique et d’un raffinement d’écriture, qui mérite pleinement de retrouver sa place au sein du grand répertoire français de la fin du XIXe et du début du XXe siècle.
Jean-Jacques Millo |