L’entreprise menée ici, par Julien Beaudiment et Célia Oneto Bensaid, répond à une question simple : que peut faire un flûtiste lorsqu’il aime passionnément Maurice Ravel (1875-1937), mais que le compositeur n’a laissé pour son instrument que des éclats orchestraux, des solos suspendus, des couleurs furtives ? Le duo choisit la voie de la recréation, en rassemblant et en adaptant dix pages majeures, de « Miroirs » à « Daphnis et Chloé », de la « Pavane pour une Infante défunte » à l’adagio du « Concerto en sol », pour en révéler la poésie à travers le timbre clair et ductile de la flûte. Le résultat est un véritable portrait de Ravel par la flûte, où les textures orchestrales se recomposent dans un dialogue intime avec le piano. Julien Beaudiment, « après avoir occupé le poste de premier flûtiste solo au prestigieux Philharmonique de Los Angeles, est aujourd’hui premier flûte solo de l’Orchestre de l’Opéra National de Lyon dirigé par Daniele Rustioni et professeur au Conservatoire de région de Rueil Malmaison (Paris) ainsi qu’au Conservatoire National Supérieur de Musique de Lyon où il succéda à son illustre prédécesseur Philippe Bernold. Il a également occupé le même poste au sein de l’Orchestre national de la BBC du Pays de Galles. Il est actuellement le seul musicien français à avoir occupé ce poste dans un orchestre britannique et l’un des rares à avoir fait de même dans un orchestre américain. » À ses côtés, nous retrouvons Célia Oneto Bensaid, pianiste française née en 1992, « diplômée du Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris avec cinq premiers prix décernés avec les plus hautes distinctions, qui a ensuite rejoint l’École Normale de Musique de Paris, où elle a obtenu le Diplôme Supérieur de Concertiste, tout en bénéficiant de la direction de Claire Désert, Brigitte Engerer, Maria João Pires, Jean-Claude Pennetier et Rena Shereshevskaya, qui l’ont particulièrement inspirée et enrichie. » Le disque se distingue enfin par la participation de la mezzo-soprano Karine Deshayes, qui apporte une respiration vocale à cet hommage instrumental, mettant en lumière la capacité du duo à restituer l’esprit ravélien avec ses miroitements, ses rythmes nerveux, sa sensualité harmonique, tout en assumant pleinement la nature chambriste. Une nouveauté à découvrir sans tarder.
Jean-Jacques Millo |